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  Histoire des Acadiens

  Histoire de la Louisiane

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Histoire des Acadiens
La première reconnaissance Française des côtes Atlantiques Américaines fut l'œuvre de Giovanni de Verrazano, un Florentin aux ordres de François 1er, qui chercha en vain une route vers les Indes plus courte que celle de Magellan. Remontant de la Floride , il découvrit dans la région du Cap Breton une immense presqu'île peuplée d'Indiens pacifiques, les Mic-Macs. Par analogie avec l'Arkadia de la mythologie grecque, aux paysages pastoraux idylliques, il appela l'endroit Arcadie, nom qui devint au fil du temps Caddie, puis Acadie. En 1604, Henri IV envoya dans ces contrées une centaine de colons Bretons, Normands et Picards sous les ordres de Samuel Champlain. Ceux-ci eurent bien du mal à résister aux rudes hivers , aux épidémies et aux attaques des Anglais, sans parler du manque d'intérêt de la Cour de France… Ce n'est qu'entre 1632 et 1654 que le peuplement de l'Acadie prit réellement son essor avec l'arrivée de paysans du Poitou, de la Saintonge, de l'Angoumois et de l'Anjou. Ballottés entre la France et l'Angleterre par le jeu des conflits et des traités, les paysans Acadiens virent leur situation se compromettre sérieusement avec la signature du traité d'Utrecht en 1713, qui attribuait définitivement l'Acadie à l'Angleterre. Francophones catholiques placés sous l'autorité d'Anglais protestants, leur avenir ne pouvait être que sombre… Bien qu'essayant de rester le plus possible neutres dans le conflit grandissant en Amérique du Nord entre Français et Anglais, il ne purent faire autrement que de refuser massivement l'ordre, intimé en 1755 par le gouverneur anglais Lawrence, de prêter serment d'allégeance à l'Angleterre et de rejoindre l'armée anglaise afin d'aller se battre au Québec contre des …Français ! Face à ce refus, Lawrence ordonna le bannissement des Acadiens : entre 1755 et 1766, le Grand Dérangement condamna à la déportation près de 10 000 francophones. Certains furent dispersés dans les colonies anglaises de la côte Est et aux Antilles. D'autres furent déportés en Angleterre ou renvoyés en France. Une grande partie mourut dans des naufrages, ou de faim, de maladie, d'épuisement ou encore tout simplement de chagrin. Environ 3000 d'entre eux rejoignirent la Louisiane entre 1764 et 1800. D'Acadiens, ils devinrent Cadjins puis, bien plus tard, Cajuns sous l'effet de la prononciation anglaise.
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Histoire de la Louisiane
C'est en avril 1682 que René Robert Cavelier de la Salle (photo ci-dessus) prend possession du territoire au nom du roi de France. Il le nomme Louisiane en l'honneur de Louis XIV. La Louisiane s'étend alors des Grands Lacs au Golfe du Mexique, des Montagnes Rocheuses aux Alleghany et couvre la superficie occupée par 15 états américains actuels. En 1689, Pontchartrain, ministre de la Marine, décide d'envoyer des colons en Louisiane. La Nouvelle Orleans, ainsi nommée en l'honneur du Régent du Royaume de France, est fondée en 1718, suivie de Baton Rouge en 1719. De grandes plantations sont crées le long des berges du Mississipi, que se partagent les Créoles, des aristocrates blancs entourés de serviteurs, de métayers, mais aussi d'esclaves africains, le marquis Antoine Crozat ayant décidé d'importer des esclaves noirs, compte tenu du climat semi-tropical de la région et du peu de goût des colons pour les tâches manuelles. En 1763, suite aux revers subis par les armées françaises en Europe, la Louisiane est cédée aux Espagnols. Cette administration espagnole n'est pas un frein à l'immigration francophone, les intérêts des uns et des autres coïncidant face à la menace anglaise et la colonie continue de grandir. A partir de 1764, des Acadiens chassés du Canada par les Anglais commencent à arriver. Ils s'installent dans les marécages à l'ouest de la Nouvelle Orléans, sur des terres encore libres car insalubres, formant un triangle ayant pour capitale Lafayette. Après 1789, quelques nobles fuyant la Terreur se réfugient en Louisiane. En 1801, la Louisiane est rétrocédée à la France, puis vendue deux ans plus tard par Napoléon aux jeunes Etats-Unis pour une somme ridicule. A partir de 1804, des planteurs blancs de Saint-Domingue / Haïti, chassés par la révolution de Toussaint Louverture, arrivent accompagnés de leurs familles, de leur fortune, qui leur permet de s'assimiler sans problèmes aux Créoles blancs, et de leurs serviteurs, des noirs et des mulâtres qui forment bientôt un groupe social très actif culturellement, les Créoles de couleur, maillon essentiel de la genèse des futurs styles musicaux locaux que seront le Jazz, le Blues, le Rythm & Blues et le Zydeco. En 1812, la Louisiane est admise comme 18ème Etat de l'Union. Sécessionniste en 1861, elle est battue par les Nordistes en 1865. Les immenses domaines des planteurs sont alors démantelés. La Louisiane est livrée aux affairistes du Nord et ne s'en remettra jamais totalement économiquement.
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La musique Cajun
Arrivés en Louisiane dans un dénuement quasi total, les premiers immigrants Acadiens n'ont évidemment pas dans leurs maigres bagages d'instruments de musique, trop coûteux et trop fragiles pour supporter l'exode. Dans un premier temps, c'est donc a capella qu'ils pratiquent la musique, qu'il s'agisse des chants traditionnels, berceuses et chants à boire, ou des hymnes religieux du dimanche. Les danses sont rythmées à la voix, accompagnées de frappes des mains et de battements de pieds. A partir de 1780, des violons sont signalés dans des inventaires et il est probable qu'à cette époque, des veillées ont lieu, où l'on danse au son de cet instrument, aussi bien que l'on chante et que l'on conte des histoires. Dans la deuxième moitié du 19ème siècle apparaissent les fais-do-do, des bals où les familles se réunissent au complet chez l'un ou chez l'autre, les jeunes enfants ou les bébés étant mis à dormir (faire do do) à l'écart, sous la surveillance d'une aïeule experte en berceuses et…trop vieille pour danser !… Les danses pratiquées à l'époque sont les rondes et contredanses, les reels, gigues, polkas, mazurkas, cotillons, galops, les one-steps et two-steps et la valse.C'est vers 1870 qu'intervient la première grande révolution dans la musique cajun avec l'introduction par les immigrants allemands de l'accordéon diatonique (bien qu'il semble que ce soit des noirs qui l'ait adopté en premier dès les années 1850, par l'intermédiaire de missionnaires blancs). Plus puissant que le violon, plus robuste et d'un usage plus facile, l'accordéon fait rapidement de nouveaux adeptes, mais, pour des raisons de tonalités, fait dans un premier temps mauvais ménage avec le violon. Ce n'est qu'après la Première Guerre mondiale que l'importation de nouveaux types d'accordéons accordés en mi ou en fa permettra des duos avec le violon, ce dernier se trouvant alors relégué dans un simple rôle d'accompagnement. Les années 1900 voient également l'apparition dans la musique cajun de la guitare espagnole, largement répandue au Mexique et au Texas, avec laquelle les premiers à se familiariser seront des soldats partis se battre à Cuba.Dans les années 1900-1920, la musique cajun connaît sa seconde révolution, conséquence de la première : sous l'influence grandissante de l'accordéon, le répertoire se limite dorénavant presque exclusivement aux valses et two-steps. On commence alors à mettre des paroles sur la musique de danse et des musiques sur les ballades autrefois a capella. Le triangle métallique, fabriqué à partir de pièces détachées de machines agricoles, devient un instrument rythmique à part entière de l'orchestre cajun. Non pourvus de micros, les chanteurs adoptent une voix criarde et aiguë pour couvrir le bruit des instruments et des danseurs. C'est à cette époque que l'on commence à construire de grandes salles de bals privées et que le fais-do-do perd peu à peu son statut de réunion strictement familiale. Le 27 avril 1928, Joseph Falcon (chant-accordéon) et son épouse Cléoma Falcon Bréaux (guitare) enregistrent pour Columbia le premier 78 tours de musique cajun à la Nouvelle-Orléans. Ce disque se vend tellement bien que Falcon, né dans une modeste famille de fermiers, peut abandonner son travail à la ferme paternelle et vivre de ses cachets de musicien.C'est au début des années 30 que la musique cajun va connaître sa troisième révolution. D'une part, le président Roosevelt, qui prône un certain interventionnisme sur la scène internationale, a besoin d'une nation unie et souhaite de ce fait éradiquer les particularismes culturels. Par ailleurs, la crise de 1929 ayant durement frappé la Louisiane, un vaste programme de modernisation y est réalisé, comprenant des constructions d'autoroutes, de ponts, de digues, d'usines, de ports et de raffineries. D'autre part, suite à la découverte de pétrole en Louisiane dès 1901, de nombreux yankees sont venus s'installer en Louisiane. Ces blancs arrogants et racistes, souvent originaires des Etats voisins, strictement anglophones, ne souhaitent pas s'intégrer à la culture cajun. Les cajuns, eux, également désireux d'améliorer leur niveau de vie grâce au pétrole, se voient progressivement contraints d'adopter la langue anglaise pour avoir accès au travail. Désormais citadins, propriétaires de maisons modernes, de voitures, de réfrigérateurs et de postes de radio, les cajuns et leur monoculture multicentenaire se voient envahis par la culture des autres Etats, notamment du Texas et de sa musique, le Western Swing, un mélange de Swing et de Country Music, qui va rapidement devenir à la mode dans le sud-ouest de la Louisiane. Cette époque voit l'accordéon décliner rapidement au profit du violon et l'apparition de nombreux orchestres à cordes intégrant une batterie.La quatrième période marquante de la musique cajun commence dans l'immédiat après-guerre. Suite à la 2ème Guerre mondiale, les GI's ont soif d'amusement et ont besoin de retrouver leurs racines et la musique de leur enfance. Des bals et des fêtes sont à nouveau organisés et les accordéons ressortent rapidement des placards. Dès lors, les jours du Western Swing sont comptés. Par ailleurs, l'Amérique ayant à cette époque définitivement basculé dans la modernité, la télévision entre massivement dans les foyers US, au détriment des grands réseaux radiophoniques, qui laissent ainsi le champ libre aux petites radios de proximité, lesquelles réalisent vite qu'il peut être intéressant de séduire les communautés ethniques en programmant leur musique de prédilection. Les artistes locaux se mettent alors à enregistrer à profusion et une multitude de maisons de disques voient le jour en Louisiane. C'est aussi à cette époque que les Créoles noirs créent le style Zydeco en intégrant à la musique cajun des accents de blues et de jazz. Dans le même temps, de jeunes musiciens cajuns, désireux de s'ouvrir à un auditoire plus vaste et à un succès de plus grande ampleur, inventent le swamp-pop, un mélange de rock n' roll, de rockabilly et de rythm & blues, chanté le plus souvent en anglais sur des thèmes typiquement cajuns. Ce style est encore très prisé de nos jours.Les années soixante et leur vague de rock n' roll britannique, conduite par les Beatles, portent un rude coup au swamp-pop et aux autres genres en général. Paradoxalement, la musique cajun traditionnelle se sort plutôt bien de cette période : des musicologues venus effectuer des collectages en Louisiane poussent les organisateurs de festivals américains à programmer des artistes cajuns. C'est ainsi que Dewey Balfa se retrouve au festival de Newport en 1964, en compagnie de Joan Baez et Bob Dylan. C'est le signal de départ d'une nouvelle période pour la musique cajun. A partir de 1970, le rock n' roll perd de sa popularité un peu partout dans le monde. Inversement, une forte demande apparaît pour un retour aux musiques ethniques. La musique cajun n'échappe pas à ce mouvement et toute une génération redécouvre avec bonheur la musique de ses grands-parents, sous la houlette de jeunes musiciens comme Zachary Richard.
Vers 1980 commence la dernière étape en date de la musique cajun, celle qui va finalement synthétiser près de 300 ans d'histoire, d'influences, d'assimilations et de métissage musical. La musique cajun prend alors de multiples directions et se teinte d'accents tantôt country, tantôt rock, reggae, rap, caraïbes, world, tex-mex ou jazz. Aujourd'hui, en Louisiane, des formations hyper traditionnelles côtoient des groupes rock dotés de solides sections basse-batterie. Toutes se réclament de la tradition francophone et cohabitent sans trop de problèmes. Finalement, la musique cajun est à l'image du peuple qui l'a créée : opiniâtre, dotée d'une étonnante faculté d'adaptation aux aléas de l'histoire et d'assimilation des autres cultures, mais surtout, fermement décidée à survivre, quoi qu'il arrive …
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La musique Zydeco :
Cousine noire de la musique cajun, la musique zydeco (transcription phonétique anglaise de zarico, terme issu de la chanson Les Haricots Sont Pas Salés, célébrant l'omniprésence de ce légume dans la nourriture des populations pauvres) est, comme elle, une musique de culture française. Au départ, la musique des Créoles noirs se compose essentiellement de berceuses, de ballades et de complaintes chantées a capella, les jurés. Cette forme d'expression musicale se trouve plus tard enrichie d'influences afro-américaines, afro-antillaises et cajun et devient connue sous le nom de musique la-la. Mais, alors que, vers le milieu du 20ème siècle, les cajuns blancs s'ouvrent à la musique country et au rock n' roll en même temps qu'à la société de consommation, les noirs, eux, de plus en plus laissés pour compte socialement et soucieux d'affirmer leur identité ethnique face à l'intolérance raciale croissante des blancs, se tournent naturellement vers le blues, le rythm & blues et la soul, qu'ils intègrent à leur musique la-la pour créer le zydeco. Dès lors, ce nouveau style de musique va connaître essentiellement deux axes de développement : d'un côté, un zydeco urbain joué à l'accordéon chromatique piano, aux forts accents rythm & blues, popularisé, entre autres, par le célèbre Clifton Chénier. D'un autre côté, un zydeco rural, également très influencé par le blues, mais puisant davantage dans ses racines cajuns / créoles et joué à l'accordéon diatonique une rangée. Conduit par le grand Boozoo Chavis, disparu il y a quelques semaines, ce courant donnera également des artistes de renommée mondiale comme Beau Jocque ou Geno Delafose. Aujourd'hui, ces deux écoles, qui sont plus que jamais d'actualité, sont rejointes par une troisième, celle de Houston, Texas, où de jeunes artistes exclusivement anglophones produisent un Zydeco d'avant-garde, en n'hésitant pas à lorgner du côté du hip-hop et du rap.


A lire :
"Musiques Cajun, Zydeco et Blues" par Sébastian Danchin. Editions du Layeur.
"Musiques Cajun, Créole et Zydeco" par Robert Sacré. Que sais-je ? PUF.
"Histoire Musicale des Acadiens" par Gérard Dôle. Editions L'Harmattan.
"La Voie des Cadiens" par Sara Le Menestrel. Editions Belin.

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